03.16.06

L’été

Publié dans Algérie à 9:16 par Fayçal Ouaret

L’autre jour, je suis parti à la rencontre de l’été.

Il arrivait dans un manteau de tourbillons de sable, sous le pas de paresse des ânes écrasés de soleil,  gravissant des chemins sinueux. Ils sont montés par des têtes enturbannées enfouies sous des chapeaux de paille, dont les corps disparaissent sous un amas de burnous de laines.

Les troupeaux de moutons, conduits par des regards, fuyaient devant les ruées de l’été, retrouvant d’instincts l’ombre fraîche des arbres verdoyants qui camouflent des touffes d’herbes maintenues en vie par un mince ru.

Les gourbis, ces demeures aux murs de pierres sèches passablement assemblées à l’aide d’un mélange de paille,  boue et bouse de vaches, couvert d’un toit de chaume maintenu par une pièce horizontale de bois synonyme de la solidarité familiale, abritent, l’espace d’un été, des familles de nomades sédentarisés pour gratter trois longueurs d’une terre dure.

Les filles multiplient les va-et-vient vers les fontaines, les sources, les puits, pour étancher les soifs des maris, des amants, pour mieux voir les corps brûler de désir, un sourire moqueur de fausse pudeur révélant leur propre trouble.

Les enfants s’exténuent à des tâches domestiques avant de conduire paître chèvres, moutons et chien.

Ils trouveront le temps, amassant quatre boîtes de conserves, du fil de fer, de se fabriquer à main nu les machines cahotantes de leur Monde de rêve, l’air de dire leur optimisme de voir un jour leur pays défiguré par des bulldozers qui éventreront leur misère, de grosses usines qui tueront leur pittoresque difficulté de vivre.

Dans la pénombre d’un café de campagne, le mégot collé à la bouche, des paysans échappés des champs ingrats, vocifèrent des insultes en cognant contre la table les dominos de leur condition, une tasse de tisane d’herbes sauvages (ces plantes médicinales dont l’arôme guérit plus que l’infusion) à moitié renversée sur la table.

Les métiers à tisser montent à l’assaut des tapis dans la monotonie des gestes répétés des journées qui fait naître, du fond des sensibilités, des chants nouveaux. Ils diront, lors des fêtes exténuantes de mariages prochains, le fils parti, les misères de la bru et de la belle-mère, l’amour avoué…

Sur les aires de battage, les mulets tournent pour battre les épis des dernières moissons.

C’était il y a toujours…

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